Développer une formation d’enseignant·e en langue des signes française (LSF) comporte des enjeux importants. Cela permet tout d’abord de mieux former les personnes sourdes et de les soutenir dans leur formation tout au long de la vie. Cela contribue aussi à enrichir le paysage éducatif romand et à renforcer la reconnaissance de la LSF, une langue minorée, comme langue d’enseignement à part entière.
Une formation à l’enseignement de la langue des signes existe depuis plusieurs années déjà à la Interkantonale Hochschule für Heilpädagogik de Zurich (HfH). Dans ce contexte, la HEP Vaud a été contactée par la Fédération suisse des sourds (FSS) en 2022 afin de développer une offre similaire côté romand. C’est au printemps 2025 que ce projet a pris une forme concrète, après l’engagement du formateur Benoît Blandin comme chargé d’enseignement à la HEP Vaud. Son objectif était de participer à la conception d’un programme de formation, en collaboration avec la filière Formation continue certifiée (FCC). Intitulée «Certificat de branche pour l’enseignement de la langue des signes et culture sourde», cette formation accueillera sa première volée à la rentrée académique 2026, sous réserve d’inscriptions suffisantes. Sa finalité principale consiste à préparer les participant·e·s à l’examen du Brevet fédéral d’enseignant en langue des signes.
Élaboration du plan d’études et mise en place d’une équipe de formation
En 2025, Benoît Blandin, l’Unité d’enseignement et de recherche Didactique des langues et cultures (UER LC) et la FCC ont travaillé à l’ingénierie de cette formation de manière collaborative avec la FSS et la HfH. «Grâce à l’expertise de la FSS, nous avons pu avoir accès à une connaissance fine des enjeux liés à la formation des personnes sourdes, expliquent Benoît Blandin et Charlotte Le Glou, collaboratrice scientifique à la HEP Vaud. L’une de leurs demandes était notamment d’impliquer une majorité de formateur·rice·s sourd·e·s, ce qui garantit une certaine légitimité du programme.»
En parallèle, les formateur·rice·s de la HfH ont rencontré à deux reprises l’équipe de la HEP Vaud afin d’échanger sur la conception du parcours de formation. «Nous avons ensuite progressé étape par étape pour son élaboration, la constitution d’une équipe de formateur·rice·s, ainsi que tous les autres aspects administratifs, précisent Benoît Blandin et Charlotte Le Glou. Comme il s’agit d’un programme inédit pour la HEP Vaud, nous avons été amenés à effectuer quelques ajustements, notamment dans l’interface de gestion des formations. Nous avons aussi entamé les démarches auprès du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (Sefri) afin d’être reconnus officiellement comme prestataire de cours pour l’examen du Brevet fédéral d’enseignement de langue des signes.»
Le processus de conception et de pilotage s’est aussi appuyé sur une rencontre avec un Groupe consultatif de référence, composé de personnes expertes et expérimentées dans le domaine de l’enseignement de la langue des signes et de la culture sourde.
Une formation alternant théorie et pratique
Le plan de formation du Certificat de branche pour l’enseignement de langue des signes et culture sourde s’articule sur quatre semestres et vise à développer plusieurs axes:
- Linguistique: renforcer la maîtrise de la LSF
- Pédagogique (enfants) et andragogique (adultes): adapter les stratégies d’enseignement aux besoins de publics variés
- Interculturel et inclusif: intégrer les spécificités de la culture sourde et promouvoir l’inclusion des élèves sourde·s ou signant·e·s dans le système éducatif
- Transdisciplinaire: mobiliser des connaissances issues de la psychologie du développement, des neurosciences et des sciences de l’éducation
Sur les cinq modules prévus par le cursus, l’un sera effectué sous forme de stage pratique dans divers contextes, allant de la formation d’adultes à l’intervention en famille ou dans des crèches.
Perspectives professionnelles diversifiées
Une fois obtenu, le Certificat doit être complété par deux années de pratique afin de pouvoir se présenter à l’examen du Brevet fédéral d’enseignant·e en langue des signes. Les perspectives professionnelles des futur·e·s enseignant·e·s de LSF sont ensuite variées: ils·elles peuvent accompagner des personnes individuelles ou des groupes en langue des signes, transmettre et valoriser la culture des personnes sourdes ou encore informer et sensibiliser sur les thèmes liés à la surdité et à la perte auditive. Leur public cible comprend des personnes de tous âges: enfants, adolescent·e·s ou adultes sourd·e·s, malentendant·e·s ou entendant·e·s.
Cette nouvelle formation continue a suscité de l’intérêt, rendu visible lors de la première séance d’information organisée en février 2026 à la HEP Vaud: «Une quarantaine de personnes étaient présentes, relèvent Benoît Blandin et Charlotte Le Glou. L’engouement était fort de la part de personnes sourdes, mais aussi de personnes entendantes ayant commencé l’apprentissage de la langue des signes ou signant depuis longtemps. Plusieurs membres et représentant·e·s d’associations locales en lien avec la surdité et la malentendance étaient également présent·e·s.»



