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Activités créatrices et manuelles: faire évoluer les pratiques évaluatives

Comment évaluer la créativité dans les enseignements en activités créatrices et manuelles? Guillaume Massy, chargé d’enseignement à l’Unité d’enseignement et de recherche Didactiques de l’art et de la technologie, a exploré cette question dans le cadre de sa thèse défendue en 2025.
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Dans le plan d’études romand (PER), les enseignements des activités créatrices et manuelles (ACM) se déploient autour de plusieurs axes: ceux-ci comprennent la maîtrise des outils et les connaissances techniques liées, le développement de la perception à la matière, la culture ou encore l’expression et la créativité. «Nous partons du postulat que cette dernière peut être apprise et que tout le monde est créatif, explique Guillaume Massy, expert du domaine des ACM et chargé d’enseignement à l’Unité d’enseignement et de recherche Didactiques de l’art et de la technologie (UER AT) à la HEP Vaud. Selon les théories ancrées en psychologie de la créativité, être créatif n’est pas inné. Cela doit se comprendre comme la capacité d’un individu à générer une idée originale et nouvelle en fonction d’un contexte. Dans un cadre d’enseignement, c’est lorsque l’élève a su mobiliser des capacités créatives pour répondre à un problème en trouvant une solution nouvelle par rapport à ce qu’il aurait été capable de faire auparavant.»

Développer les compétences créatives

Dans cette perspective, l’objectif des cours d’ACM consiste, en plus de développer des compétences techniques, artisanales et culturelles, à travailler les capacités créatives de l’élève. L’expression de celles-ci résulte d’une combinaison de quatre facteurs: cognitifs (connaissances et processus mentaux), conatifs (capacité à prendre des risques), émotionnels (humeur et état d’esprit fluctuant) et environnementaux (nature de la tâche, délai temporel, matériel à disposition). «L’enjeu, c’est comment intégrer ces éléments dans les enseignements des ACM qui, jusqu’en 2010, étaient avant tout orientés vers la reproduction de modèles à la manière d’une recette de cuisine, souligne Guillaume Massy. Ces méthodes sont toujours valables et efficaces pour acquérir des techniques de base, mais elles ne suffisent plus. Il s’agit désormais de placer les élèves dans une posture de recherche de solution, que celle-ci soit technique, de design ou encore esthétique. Cela implique de déconstruire certaines habitudes d’enseignement et d’envisager les projets de cours différemment, en identifiant l’objet à créer comme un moyen de développer certaines compétences plutôt que comme un but en soi.»

Dans la thèse qu’il a soutenue en décembre 2025, intitulée «La créativité en milieux de formation: représentation, perceptions et pratiques évaluatives chez les futurs enseignants», Guillaume Massy a étudié la manière dont les étudiant·e·s perçoivent, apprennent et évaluent la créativité. «J’ai commencé par essayer de comprendre comment les enseignant·e·s se représentaient la créativité à l’école, comment ils concevaient un·e élève créatif·ve, et comment ils·elles se percevaient capables d’intégrer dans leur pratique le développement de la créativité.» Concernant les pratiques évaluatives émergentes, la grande majorité des enseignant·e·s évalue les travaux réalisés en ACM sur la base d’éléments tangibles comme le respect des contraintes, la précision et la qualité du résultat final. Cependant, les résultats ont montré des différences significatives entre enseignant·e·s, notamment corrélées aux niveaux enseignés: alors qu’en secondaire, l’attention est portée sur l’adéquation de l’idée dans le résultat final, c’est le processus créatif individuel qui est davantage identifié chez les plus jeunes. Ces résultats ont jeté les bases pour développer des outils afin de soutenir les enseignant·e·s dans l’intégration de la créativité dans leurs cours d’ACM, mais aussi pour mieux l’évaluer sur la base de critères objectifs.

Évaluer les progrès et les compétences mobilisées plutôt que le résultat

«Afin de donner davantage de place aux compétences créatives, la palette des évaluations possibles doit être enrichie, précise Guillaume Massy. Il s’agirait par exemple de prendre en compte les progrès réalisés et les compétences mobilisées durant le processus de réalisation d’un objet: l’apprentissage de la maîtrise des techniques, la prise en compte des contraintes, les solutions trouvées de manière autonome lorsqu’un obstacle se présentait, comment les idées ont été générées, la qualité des croquis réalisés. Le défi, c’est que pour évaluer ces éléments de manière objective, il faut avoir construit un projet de cours qui permette de travailler et d’observer ces compétences. C’est un changement de perspective important pour les enseignant·e·s d’ACM. Mais il permet de développer et de valoriser les compétences créatives, devenues essentielles dans les systèmes éducatifs contemporains, ainsi que dans la société en général.»

À la fois enseignant d’ACM au niveau primaire et chargé d’enseignement dans le Bachelor en enseignement primaire de la HEP Vaud, Guillaume Massy nourrit ses modules d’enseignement avec son expérience de terrain et ses travaux de recherche. «Il s’agit d’une démarche de veille et d’amélioration continue, explique ce spécialiste. J’essaie de créer et d’améliorer des outils, issus des constats de ma thèse, pour que nos étudiant·e·s prennent conscience de leur propre créativité. Il y a par exemple une activité de formation permettant de mesurer leur potentiel créatif, l’environnement créatif de leur classe ou les conditions la favorisant. En plus de déconstruire des perceptions, ces outils soutiennent le postulat que la créativité est une compétence qui s’apprend et se développe tout au long de la vie.»

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