Travailler avec le corps des élèves: telle est la spécificité de l’éducation physique et sportive. Les évolutions contemporaines liées à la numérisation, à la sédentarité ou à l’environnement confrontent la discipline à de nouveaux défis et à des nécessités d’évolutions. Dans ce contexte, l’Unité d’éducation physique et sportive (UER EPS) de la HEP Vaud mène différents projets visant à développer les connaissances et à adapter les modules de formation, à la fois pour les étudiant·e·s et les enseignant·e·s. Durant l’année 2025, elle s’est notamment impliquée dans la conception de séquences d’enseignement basées sur le dispositif numérique «Lü», dans l’élaboration de modules de prévention de la santé, ainsi que dans l’intégration de l’éducation à la durabilité dans les activités physiques et sportives.
Un dispositif numérique pour l’éducation physique
Dans le cadre du projet «PlayLü», des équipes de recherche ont exploré les bénéfices de la plateforme interactive Lü, développée par une société québécoise. Ce dispositif, fixe ou mobile, peut être installé dans une salle de sport et projette des jeux sur un mur en format géant. «Les élèves vont ensuite interagir avec les contenus proposés, par exemple en envoyant des ballons sur des zones précises au mur, raconte Cédric Roure, responsable de l’UER EPS. Nos observations ont montré une amélioration de la motivation et de l’engagement des élèves, qui parviennent à des intensités d’activités physiques positives pour leur santé.»
Mais les bénéfices du dispositif vont plus loin, car il comprend aussi un volet de stimulation des compétences cognitives dans d’autres disciplines, comme les mathématiques, le français ou l’histoire. Par exemple, en travaillant le lancer précis d’un ballon, les élèves abordent les coordonnées géométriques. «Cette perspective de décloisonnement est intéressante, commente Cédric Roure. Elle montre qu’on peut utiliser le corps des élèves pour obtenir à la fois des résultats favorables à leur santé, tout en les faisant progresser dans d’autres disciplines scolaires. L’éducation physique devient ainsi une porte d’entrée pour viser des apprentissages globaux.»
Si les premières interventions sur le terrain dans les classes ont été reçues positivement, le spécialiste précise que l’objectif n’est bien sûr pas d’introduire systématiquement du numérique dans les cours d’éducation physique. «Il reste essentiel de diminuer la consommation d’écran chez les élèves. Mais il s’agit aussi de distinguer leurs différents usages. PlayLü propose des expériences actives, basées sur les dernières connaissances scientifiques. Il peut enrichir la palette d’outils pédagogiques des enseignant·e·s.»
Promotion de la santé globale
En matière de promotion de la santé, des équipes de l’UER EPS ont initié en 2025 le projet SYSTEABURN. Financé par le FNS, son déploiement s’échelonnera sur trois ans, de 2026 à 2028. «Au départ, il aborde la santé des enseignant·e·s en général, et notamment la prévention du burn-out en milieu scolaire, souligne Cédric Roure. Des modules sont en construction et seront déployés dans ce sens dans les établissements scolaires. Mais l’idée est ensuite d’implémenter également des projets impactant la santé des élèves, dans ses dimensions physiques, mentales et sociales. Cette définition élargie de la santé pourra être intégrée dans la formation des enseignant·e·s d’EPS, qui joueront un rôle moteur dans sa promotion.»
Intégration de l’éducation à la durabilité
L’intégration de l’éducation à la durabilité dans les activités liées à l’éducation physique a également fait l’objet de réflexions approfondies en 2025 pour l’UER EPS. Celles-ci ont débouché sur plusieurs projets de recherche. Certains d’entre eux sont menés en collaboration avec d’autres UER, comme les sciences humaines et sociales ou la géographie. L’objectif à terme consiste à élaborer des modules de formation initiale en EPS incorporant des pratiques de durabilité.
«Par l’intermédiaire de notre spécificité, qui est d’agir sur les corps des individus, nous pouvons constituer une porte d’entrée intéressante et complémentaire en termes de durabilité, précise Cédric Roure. L’un des volets sur lesquels nous avons travaillé concerne les camps scolaires, auxquels les enseignant·e·s d’EPS contribuent historiquement. Ces moments forts de vie collective peuvent en effet représenter une opportunité intéressante pour aborder des thématiques en lien avec la gestion des déchets, l’alimentation ou l’empreinte carbone des loisirs, par exemple.» Des perspectives qui montrent que l’éducation physique et sportive est une discipline particulièrement puissante pour intégrer les enjeux sociétaux actuels et futurs, car elle les rend visibles, sensibles et vécus dans l’action.



